« Mourir est un enchantement » – Yasmine Chami

Je vous parle aujourd’hui du roman de Yasmine Chami, l’une des gagnantes du Prix Littéraire Sofitel 2017 grâce à son dernier livre « Mourir est un enchantement » paru aux Éditions Actes Sud.

Présentation

Sara, une femme marocaine de quarante ans fragilisée par un diagnostic médical inquiétant, s’installe sur un canapé, choisissant peut-être de prendre le temps de vivre. Là, tendrement entourée de ses deux fils, elle se livre au plaisir de redécouvrir le contenu d’una grand sac de toile dans lequel se trouvent pêle-mêle toutes ses photos de famille.
Dès lors s’imposent les visages de ses parents, de ses oncles et tantes, ces jeunes gens des années soixante-dix aussi beaux que déterminés au bonheur dans ce pays qui se trouvait pourtant à l’orée d’un basculement irréversible. Viendront ensuite ses cousins et son frère – ils ont huit ou dix ans – dans un jardin, posant avec elle sur un muret en plein soleil, ou au couchant en bord de mer.
Tant d’images, de lumières et d’impressions subtiles figées pour l’éternité. Tant de portraits riches de singularités conjuguées que Sara réanime en éclairant leur vulnérabilité et leur aveuglement face à ce pays tant aimé qui ne cessait pourtant de subir les violences des enjeux de pouvoir.
Un roman d’une rare élégance, sur une constellation familiale qui a rassemblé, au coeur des conflits de l’Histoire, des hommes et des femmes dont l’acceptation profonde de l’humanité des autres a contribué à la création d’un univers éminemment particulier. Un livre où le combat des femmes s’éploie de l’intime à l’universel.

 

Ma Chronique

Yasmine Chami revient nous émouvoir 18 ans après la publication de son premier roman « Cérémonie » avec ce livre d’une tendresse empreinte de nostalgie et de désillusions.

Il s’agit là de Sara, une maman quarantenaire vivant seule avec ses deux enfants, qui se sait condamnée par un cancer de l’utérus et se raccroche à ses photos passées qui sont pour elle le seul moyen de se sentir encore vivante malgré le poids de la souffrance grandissante. Un baume atténuant un tant soit peu l’apparition de ces douleurs cuisantes, de cette fatigue continue, annonciatrices  de sa maladie profonde…

Sara remonte donc la pente des souvenirs et s’adonne à des descriptions poétiques sur ses photographies en noir et blanc, les souvenirs de son enfance, les détails pittoresques de la maison familiale et toute cette nostalgie doucereuse d’un passé à l’allure proche mais à l’époque révolue. Une petite séquence émotionnelle qui ne manque pas de nous rappeler nos propres années de jeunesse par procuration, mais aussi parce que l’on se rend inévitablement compte comme Sara, que le temps passe et ne revient plus.
Grâce à sa boîte à souvenirs, c’est surtout à un monde où l’estime de l’autre était liée à son attitude auquel se rattache Sara. Où les causes humaines, les livres, la musique avaient tout leur poids et prenaient toute leur signification. Un monde où l’on se sentait vivre maintenant, là, tout de suite, pas celui où l’on était à la marge, fragilisé, dépassé par les événements.
C’est aussi un récit où le lecteur voyage à travers l’histoire pour sillonner l’Algérie des années quarante, les mouvements d’indépendance, le conflit Maroc/Algérie, la guerre des sables, les actions de la résistance…
Une myriade de souvenirs qui défilent dans un joli désordre chronologique et qui font écho à une époque d’antan où militantisme et insouciance se chevauchaient à un rythme fragile et incertain. Certains souvenirs évoqués ont le parfum du musc et de la fleur d’oranger, et le tout est une lecture intime, nostalgique et d’une délicate poésie.
Pour finir, si vous espérez lire un roman aux rebondissements fréquents et à l’action vive, passez votre chemin. Si au contraire, vous recherchez un moment d’évasion nostalgique dans des souvenirs qui peuvent faire écho aux vôtres, ouvrez vite ce roman, munissez-vous d’un thé chaud et bonne lecture !
Vous pouvez vous le procurer ici : http://bit.ly/2qiEPed
Extraits
« Vous aviez trois ans quand il est mort ; mais c’est une autre histoire, que je vous raconterai plus tard. La difficulté pour Papi était de nous faire partager la nécessité de ce voyage, de cet appel, après nous avoir prévenus intellectuellement contre les dangers politiques de la ferveur religieuse. Je me souviens comme si c’était aujourd’hui de son regard inquiet lorsqu’il citait Marx, « la religion c’est l’opium du peuple  mes enfants », pas marxiste Papi, mais profondément convaincu de la nécessité d’une répartition équilibrée des richesses ».
 
« Quand cesse-t-on de pleurer ce qui n’est plus ? Sara s’étonne de son visage empreint de douceur sur la photographie , elle a les yeux clos , la tête contre le genou de sa grand-mère, malgré la tristesse du regard de Juliette , l’instant immortalisé est empreint d’une profonde sérénité ; deux femmes face à la mer ,l’une plus âgée, unies par un lien d’amour, et deux jeunes enfants joyeux qui jouent à leurs côtés, une scène vieille comme le monde, aussi profonde que l’immensité de l’océan auxquelles elles font face, aussi lumineuse que cette chaude journée d’été où la clémence de la brise marine caresse la clarté d’un après midi d’Aout. Que deviennent nos peines ? »
 

3 réflexions sur “« Mourir est un enchantement » – Yasmine Chami

  1. Dans la plupart de tes chroniques il est question de service presse. Je tiens moi aussi un blog, et j’habite au Maroc, et je voulais savoir si même au Maroc, tu peux avoir des partenariats avec les maisons d’éditions (Scripto, Gallimard, Hachette…). Ou sinon ce sont les auteurs eux même qui t’envoient leurs textes.
    Merci d’avance pour ta réponse et j’aime beaucoup ton blog.
    Yassine de https://lifeisaboutartblog.wordpress.com/

    1. Bonsoir,
      Effectivement, un livre reçu en service presse signifie qu’un(e) chroniqueur(se) littéraire ou blogueur(se) qui dispose d’une rubrique livres dans son blog le reçoit gratuitement à travers une maison d’édition ou un auteur ou une entité presse en échange d’une chronique sur le blog. Ils choisissent généralement les partenaires presse en se basant sur plusieurs critères (La qualité des chroniques, la plume du blogueur, l’orthographe, l’affluence sur le blog…)
      Tu peux effectivement en recevoir, pour cela je t’encourage à envoyer des mails aux maisons d’éditions (tu trouveras généralement les conditions de partenariats presse sur leurs différents sites web) pour commencer. Ensuite, beaucoup d’auteurs sont disponibles sur Facebook et sont très à l’écoute de leurs fans, envoie-leur des inbox en leur faisant part de ton souhait de chroniqueur leur ouvrage, il y a des chances qu’ils te l’envoient. Pour finir, il y a plusieurs groupes sur Facebook qui mettent en contact les auteurs et les chroniqueurs littéraires comme le suivant : « Auteurs/Chroniqueurs/Lecteurs ». Un site dédié à la gestion des services presse vient aussi de voir le jour, voici le lien : https://simplement.pro.
      J’espère que ces informations ont pu t’être utiles. Bonne soirée.

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