« L’invitée du mois : Magali Cervantès »

Magali Cervantes nous a fait le plaisir d’être l’invitée d’Enjeux de Mots pour l’Interview du Mois de Décembre. Zoom sur cet auteur pleine de fraîcheur et d’authenticité !

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1) Bonjour Magali, vous êtes la bienvenue chez Enjeux de Mots. Parlez-nous un peu de la vocation d’écrivain, comment cela vous est-il venu (élément ou contexte déclencheurs ?)

Bonjour Hind. J’ai écrit mon premier récit, lié à l’histoire familiale des réfugiés espagnols politiques, après le décès du grand père de mon mari. Je me suis mise à écrire son histoire pour le garder en vie, rendre hommage à l’homme exceptionnel qu’il était et à sa mémoire. Avec l’écriture, je lui construisais un cercueil de papier. Pour ce faire, je suis allée chaque dimanche recueillir les souvenirs de Mercedes sa femme, qui me racontait l’histoire de la guerre d’Espagne, une histoire qui était aussi celle de mes grands parents, et donc la mienne, une histoire qu’on ne m’avait pas racontée et que je me réappropriais par petits morceaux au moyen de l’écriture.

2) Dites-nous en plus sur le processus d’écriture. Avez-vous des rituels précis, ou suivez-vous juste l’instinct du moment ?

J’écris le matin de très bonne heure. Lorsque je suis en période d’écriture, je m’installe à mon ordinateur dès 6 heures, jusqu’à midi. Pendant la journée, je me déplace avec un bloc pour recueillir les phrases qui fusent et qui murmurent. Elles peuvent me surprendre à n’importe quel moment de la journée, au volant de ma voiture, en faisant la cuisine, m’obligent à me relever la nuit. Ce sont les mots qui commandent, les mots qui décident, et moi je leur obéis. Et j’adore ça !

3) Que lisiez-vous plus jeune et quels auteurs vous ont influencé ? Est-ce que ces goûts ont évolué avec le temps ?

J’ai lu très tôt. Enfant j’ai dévoré la bibliothèque rose, puis la bibliothèque verte (Le club des cinq, Le clan des sept, les sœurs Parker et les Alice). Cette avidité inquiétait mes parents, il fallait m’appeler 10 fois, 15 fois pour me faire venir à table. Parfois, j’apportais mon livre avec moi, le posais sur mes genoux, et alors ils se mettaient en colère. A l’adolescence, j’ai laissé brûler un poulet dans le four que ma mère m’avait chargée de surveiller. Plongée dans la lecture de La nuit des temps de René Barjavel, je n’ai pas senti l’odeur âcre de fumée envahir la cuisine. Lorsque j’aime un livre, je lis toute l’œuvre de son auteur. J’ai lu Flaubert, Camus, Balzac, Hugo, Romain Gary, mais aussi des auteurs plus contemporains comme Delphine de Vigan et Lydie Salvayre. En ce moment, je suis dans la lecture des œuvres de Guy de Maupassant. Sa plume m’épate et me bouleverse.

4) Votre roman « Des Roses Rouges Sur Ma Tombe » nous fait découvrir une plume vibrante qui n’a pas peur d’aller puiser dans les profondeurs de l’âme pour lui soutirer les ressentis les plus bouleversants. Pouvez-vous nous présenter le livre et nous dire quel message il transmet ?

C’est un livre sur la résilience, c’est-à-dire le processus par lequel on transforme les catastrophes en rage de vivre. Pour dire que le destin n’existe pas et que l’on peut se libérer de ses chaînes. Ce livre décrit le processus de la psychanalyse, la manière dont on peut remonter dans le temps à la recherche de l’enfant blessé que l’on a été, lui donner la parole. Myriam est une jeune femme désemparée qui pense être folle. Or les troubles qu’elle présente, la peur de manger, l’impossibilité de respirer, les cauchemars qui la tiennent éveillée, ne sont que des symptômes. Des symptômes qui cherchent à l’amener à la découverte de son histoire et d’elle-même au travers des traumatismes qu’elle a refoulés.

5) Dans un récit vivant, votre plume sonde les méandres de l’être et décrit avec justesse un mal infini. A la lecture, on ne peut que songer à un bout de biographie et on se demande si ce qui est décrit dans le roman n’a pas été réellement vécu. Est-ce que l’écriture de cet ouvrage fut difficile ?

Oui l’écriture a été difficile. J’ai dû l’écrire en plusieurs fois, faire des pauses de plusieurs mois. Certes il s’agit d’un bout de biographie que j’ai fait porter à un personnage Myriam Lopez, derrière lequel je me suis cachée, non seulement parce qu’il me permettait de mettre la distance nécessaire à l’écriture de mon histoire (jeter des états d’âmes n’a aucun intérêt), mais aussi parce que dès lors qu’il y a un fil directeur, un point de vue, un regard, le réel peut prendre toute sa place. Même si le réel auquel l’écrivain tente de s’approcher, n’est et ne sera toujours que de la fiction.

6) Comment s’est passée la publication de votre livre ? L’auto-édition a-t-elle été une expérience facile ?

Je me suis posée beaucoup de questions avant la publication de ce livre et aussi sur les conséquences qu’il aurait sur ma famille. Pourquoi ? Pour qui ? Pour dire à ceux qui sont aux prises avec des angoisses terribles, à ceux qui ont eu des parents toxiques, que l’on peut se libérer de ce pour quoi l’on a été programmé dans l’enfance. Pour dire que la vie est belle et qu’elle vaut la peine que l’on se batte pour elle. Pour dire que les catastrophes peuvent être une chance puisque ce sont elles qui amènent à la résilience, c’est-à-dire à la faculté de transformer les blessures en rage de vivre. Ce sont ces catastrophes, parce que la vie est devenue impossible à vivre, qui poussent certains individus à consulter un psychanalyste. Combien sont ceux qui vivent à peu près, qui traversent la vie en boitant, ignorant leurs capacités et passant à côté d’eux- mêmes ?

7) Comment les lecteurs ont-ils accueilli votre ouvrage ? Quelles étaient les premières critiques ?

Les critiques sont bonnes ! Les lecteurs m’ont fait part de leur bouleversement à la lecture de ce livre. Certains qui me connaissent ont découvert une histoire qu’ils ne soupçonnaient pas. Parce que je vais bien. Je vous assure ! Il ne s’agit pas d’un livre pour faire pleurer dans les chaumières. Il ne s’agit pas d’un livre pour attirer je ne sais quelle émotion négative comme la pitié. Non, je refuse de me positionner en tant que victime, surtout pas ! C’est un livre qui met en avant la rage de vivre, et ce caractère rebelle qui m’a sauvé la vie. Il ne s’agit pas dans ce livre de régler des comptes avec ma famille, il ne s’agit pas de détruire, mais de réparer, de construire, de donner un sens à la souffrance. Pour dire que tout n’est pas perdu et que l’on peut donner ce que l’on n’a pas reçu dans l’enfance, et ça c’est magnifique. C’est un combat pour la vie, pour dire que lutter c’est vivre, et que se résigner c’est mourir. Le combat est présent dans tous mes livres, c’est mon fer de lance.

8) L’histoire de Myriam, c’est aussi une analyse pertinente de comment le rapport parents/enfants peut influencer l’équilibre des enfants. Comment définiriez-vous son importance dans l’histoire ?

Le premier rapport de l’enfant avec la mère est le rapport que l’enfant entretiendra avec le monde qu’il considérera à l’image de sa mère. Si le parent est dysfonctionnel, la relation de l’enfant avec le monde se fera de manière biaisée, et sera donc source d’insécurité et de peurs. La responsabilité des parents est de conduire leurs enfants à être. De les aider à grandir dans la confiance et le respect, pour ne pas passer à côté d’eux-mêmes. De les accompagner vers l’autonomie, qui les conduira à voler de leurs propres ailes. De leur offrir la liberté. Cette liberté de choisir mais aussi de mettre un terme aux relations lorsqu’elles sont toxiques. Il y a des parents qui emprisonnent, qui mutilent, il y a des parents qui détruisent (certainement eux même victimes de leur enfance).

9) »Des roses rouges sur ma tombe » est une véritable ode à l’écriture et à son pouvoir thérapeutique. La guérison pour vous passe par les mots, pouvez-vous nous en dire plus sur leur force salvatrice ?

Parce que poser des mots sur ses émotions, c’est aller à la rencontre de soi-même. Les mots permettent de rendre conscient ce qui est bloqué dans l’inconscient et qui nous fait agir, à notre insu et souvent à notre détriment. Les mots permettent d’atteindre nos blocages, de les identifier, de libérer ce qui a été refoulé, enfoui, enterré. C’est un long travail d’exhumation, d’excavation. Nommer quelque chose c’est le rendre palpable, c’est l’identifier et le reconnaitre. Permettre aux émotions de se libérer, c’est prendre le recul nécessaire sur son histoire comme quelque chose qui a eu lieu mais qui ne fait plus mal.

Merci d’avoir répondu si gentiment à nos questions ! Auriez-vous un dernier mot à dire à vos lecteurs ?

A mes lecteurs, j’ai juste envie de leur dire merci. Parce que sans eux, un livre n’existe pas.

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