« L’invitée du Mois : Claire Casti De Rocco »

Claire Casti de Rocco est le troisième auteur auto-édité que je reçois sur le blog. Et autant vous dire qu’il m’est particulièrement agréable de parler des auteurs indés, surtout que parmi la plupart de ceux que j’ai découvert se trouvent des plumes brillantes et des récits aussi fascinants qu’émouvants. Claire en fait partie, et c’est donc suite à mon coup de coeur pour son roman « Rien d’autre que la vie » que je lui dédie cette interview sur le blog, pour célébrer aussi sa participation au Salon du Livre de Paris, où le Maroc est cette année l’invité d’honneur.

 

"L'invitée du Mois : Claire Casti De Rocco"
                           « L’invitée du Mois : Claire Casti De Rocco »

1) Bonjour Claire, vous êtes la bienvenue chez Enjeux de Mots. Parlez-nous un peu de la vocation d’écrivain, comment cela vous est-il venu (élément ou contexte déclencheurs ?)

Merci Hind, pour votre accueil.

J’ai grandi dans un milieu qui n’est pas littéraire, mais les bibliothèques de ma grand-mère et de ma tante m’ont toujours fascinée. Depuis l’enfance, il y a toujours eu quelque chose de magnétique avec les livres.

Dès que j’ai su lire, je me suis très vite passionnée pour les livres jeunesse et autre Comtesse de Ségur, mais que j’ai délaissés à l’adolescence pour ceux de la bibliothèque verte… C’est ensuite que j’ai réalisé combien c’était compliqué l’écriture, quand j’ai découvert Balzac, Flaubert, Théophile Gautier…
Petite, je fabriquais des petits livres, je les illustrais, puis j’ai écrit une courte histoire vers huit ans… et ensuite une petite pièce de théâtre que nous avions jouée avec ma voisine devant les habitants du quartier (les enfants n’ont vraiment peur de rien… ! (rires…).
Un peu plus tard, toujours le nez dans les livres (ceux que je lisais), l’envie me démangeait encore de raconter mes propres histoires, celles qui me trottaient dans la tête.

C’est à 20 ans que je commence l’écriture d’Un soir de Noël, sans trop y croire. L’idée est là, j’écris les premiers chapitres, je m’y accroche, mais faute de plan, je range le manuscrit dans un tiroir. Quelques années s’écoulent puis je reviens dessus avant de l’abandonner à nouveau. Plus ou moins sûre de moi, je le termine avec l’intention de l’auto-publier, après m’être bien renseignée, pour voir ce que cela donnerait.
C’est grâce à ce livre que tout a commencé…
Pour le « passage à l’acte », la publication de ce premier roman, ça a été comme une prise de conscience en fait. J’avais 32 ans, sur le point d’accoucher de mon deuxième enfant, je me suis dit que c’était maintenant ou jamais… Parce que j’étais arrivée à un moment dans ma vie où j’avais fait le point, et je me suis dit « c’est ça que je veux faire ! ».
2) Dites-nous en plus sur le processus d’écriture. Avez-vous des rituels précis, ou suivez-vous juste l’instinct du moment ?

J’ai tendance à suivre l’instinct du moment, de prime abord. J’ai des carnets, partout dans la maison, dans mes affaires (sacs, manteaux, voiture…) pour pouvoir noter la moindre idée, la moindre phrase.
Quand je décide d’écrire un livre, j’ai d’abord une idée, je la laisse faire son chemin. Si j’ai déjà la mise en situation, je n’hésite pas à l’écrire, pour faire progresser ma réflexion.
Ensuite d’autres éléments viennent s’ajouter, mais il y a aussi et toujours, des zones d’ombre.
Ensuite j’établis un plan pour y voir plus clair, hiérarchiser, commencer à dresser un chapitrage. Il y a encore pendant cette phase, d’autres idées qui viennent.
Puis quand je sens que le projet est bien mûr, et surtout, quand j’imagine précisément la fin, je commence à rédiger les premiers chapitres.
Des changements ont lieu généralement en cours d’écriture, ce qui est prévisible, mais j’y suis habituée ; je n’ai aucune crainte au contraire, ce sont parfois de bonnes surprises.

3) Que lisiez-vous plus jeune et quels auteurs vous ont influencée ? Est-ce que ces goûts ont évolué avec le temps ?

J’ai toujours eu des influences classiques, et de littérature étrangère.

J’adore, depuis l’adolescence, la littérature anglaise. Je suis touchée de voir se dérouler tous ces moments qui ne reviendront jamais, certes plein de manières, mais surtout pétris de respect et d’empathie. Et parallèlement, j’adore la truculence des personnages, qui s’inscrit à merveille dans cette époque révolue mais « so british ».
Jane Austen principalement, dont j’ai lu tous les livres. Tous les Edgar Allan Poe, Charles Dickens, les sœurs Brontë, Oscar Wilde, etc. J’ai presque tout lu et j’aime toujours, cela n’a pas changé.

J’ai découvert un peu plus tard Daphné du Maurier, un univers pour moi fascinant. Son style est à la fois sobre et recherché… Pareil, j’ai lu son œuvre complète. Et pareil, je suis toujours sous le charme.

Ensuite à 17 ans, je suis tombée dans les Harry Potter, que j’ai suivis jusqu’à mes 27, ou 28 ans, je ne me souviens plus… Ce monde si singulier qui foisonne d’originalité, où l’imaginaire a la première place, m’a emportée comme des millions d’autres lecteurs, et j’ai passé de super moments aux côtés de Harry et de ses amis.

Aujourd’hui, j’aime beaucoup l’univers de Kate Mosse, très proche de celui de du Maurier, Carlos Ruiz Zafon, assez sombre aussi, mais également Déborah Harkness qui m’a conquise avec sa trilogie du livre secret des sortilèges (2. L’école de la nuit 3. Le nœud de la sorcière).
Chez les auteurs français, j’ai un faible pour Anna Gavalda et Philippe Djian.

En fin de compte, je dirais que mes goûts n’ont pas tellement évolué. Si ce n’est que je vais lire quelques thrillers aujourd’hui, alors qu’auparavant, pas du tout.
4) Votre roman « Rien d’autre que la vie» alterne fluidité du texte, transmission brillante des ressentis des protagonistes et description détaillée des lieux. Pouvez-vous nous présenter avec vos propres mots votre livre ? Comment s’est passée l’écriture de cet ouvrage ?

J’ai mis environ une année à écrire ce livre.
J’avais le thème (le grand amour qui reste, même après la mort, en opposition à l’insouciance de la jeunesse, donc la vie), la mise en situation (Lise qui découvre la lettre de Laurent à Anna). J’avais cette première scène dans la tête, et une partie des souvenirs de cette grande femme brune, secrète, et enceinte.
Je voulais mettre d’abord en évidence la partie insouciante d’une jeunesse dorée. J’avais à cœur de démontrer qu’à cet âge, une fille peut devenir l’amie de garçons sans être montrée du doigt ou bafouée, que les interdits peuvent être transgressés sans pour autant conduire à la dérive… c’est la raison pour laquelle le passé d’Anna, ce récit enchâssé, est l’histoire principale du roman. Et ensuite, je souhaitais donner de la force à un amour inachevé, à travers les années et la douleur de la mort (c’est pourquoi leur histoire d’amour prend vie au 3/4 du récit).

J’avais dressé un plan approximatif (c’était la première fois que je travaillais avec un plan… mon premier roman ayant été écrit au fil de l’eau).
J’ai tenté de suivre le plan qui m’a un peu perdue en cours de route parfois (rires). Mais j’y suis restée fidèle dans les grandes lignes.
Enfin, j’ai travaillé chaque scène séparément en ciblant les émotions que je voulais mettre en évidence.
5) L’auto-édition est une sacrée aventure, en plus d’être réputée être fastidieuse. Comment s’est passée la publication de votre livre ? Avez-vous rencontré des obstacles et si oui, quels sont-ils ?

Cela s’est bien passé globalement, de la mise en page à la mise en ligne. Il faut dire aussi que j’ai été bien entourée.
S’il y a eu des obstacles pour moi, ils ont plutôt été liés à la mise en page du document qui doit être converti pour le Kindle, mais c’est une étape antérieure, et on m’a aidée.
Antérieurement aussi, pour atteindre ce que je voulais vraiment exprimer avec ma couverture, il y a eu des discussions avec le graphiste, des tests, des changements, mais ce fut une étape passionnante au final. Le principal souci c’est que cela prend du temps.
Je me souviens que le résumé (le synopsis) de l’histoire a été difficile a rédiger… Je ne l’ai pas fait seule car je n’avais pas de recul.
6) Comment les lecteurs ont-ils accueilli votre roman ? Quelles étaient les premières critiques ?

L’accueil des lecteurs a été très favorable, et inattendu aussi.
Ce fut une agréable surprise, je ne pensais pas que le livre plairait autant.
J’ai reçu les premiers commentaires très peu de temps après la publication, puis au fil des semaines. Les chroniqueuses qui ont accepté de le lire ont diffusé d’excellents articles, ce qui a permis davantage d’intérêt et de visibilité.

Mais ce roman a également provoqué des réactions antagonistes. Il y a des lecteurs qui l’ont détesté avec autant d’intensité que ceux qui ont adoré. Heureusement pour moi et pour Anna, le pourcentage est faible. Mais je me dis que j’ai râté quelque chose avec eux.
7) L’histoire d’Anna et Laurent est un voyage émotionnel intime et bouleversant qui vacille entre présent et passé, qui traite d’amour, d’amitié et de partage, mais aussi de trahison, de regrets et d’amertume. Une tendre et très humaine esquisse de la vie. Quelle morale a la fin de votre livre ?

La symbolique antagoniste la vie / la mort m’est extrêmement chère.
C’est un sujet que j’aime exploiter car il véhicule une palette d’émotions si différentes, si opposées, et j’aime les confronter.

La morale, c’est qu’il faut vivre cette jeunesse « éternelle », celle de nos vingt ans, et la pureté de ces instants fragiles, car ils ne reviendront jamais… pour ne pas laisser la place au regret.
8) Pouvez-vous recommander 5 livres qui vous ont marqué aux lecteurs et nous dire pourquoi ils vous ont impacté ?

Il me vient toujours d’abord Jane Eyre, de Charlotte Brontë, parce que c’est le livre de l’amour impossible et inébranlable à la fois (un peu comme « Les Hauts de Hurlevent » qui m’a envoûtée aussi…), au romantisme suranné mais profondément touchant, avec une héroïne imparfaite et une description des lieux telle, que j’ai eu l’impression d’habiter avec Jane chez Rochester. J’ai adoré rêver et espérer avec Jane, cette héroïne imparfaite, partager ses incertitudes et ses angoisses, jusqu’à la fin.

Ensuite, Rebecca de Daphné du Maurier. C’est un livre majeur, magistral, envoûtant… avec une emprise psychologique claire sur le lecteur à travers l’héroïne ; il y a un côté pervers très présent. J’ai aimé la fascination qu’exerce Rebecca (l’ex épouse décédée) sur l’héroïne, le mystère qui règne dans cette gigantesque maison, et enfin, comprendre que quelque chose clochait et vouloir savoir quoi.

Après, toujours Daphné du Maurier, L’auberge de la Jamaïque, qui m’a aspirée une fois que l’héroïne s’exile en terre de Cornouailles et entre dans un univers très sombre, masculin, inquiétant, hostile. Le paysage est sauvage et gris, marécageux. Je voulais savoir si Mary allait s’en sortir et comment. C’est le premier livre de du Maurier que j’ai lu. Il m’a marquée car il y a quelque chose de très noir qui se profile un peu plus à chaque page tournée… J’étais jeune, et le dénouement m’avait scotchée à l’époque.

Dans un genre différent, Mansfield Park de Jane Austen, car il incarne pour moi la beauté des instants précieux, l’amour toujours inespéré mais qui se fraye un chemin parmi les ronces. Jane Austen était une avant-gardiste, toujours préoccupée par la condition des femmes en Angleterre, et intéressée par une société où elle n’avait pas sa place. Et surtout, il y a son style, très fin, car elle sait jongler entre passion et dérision, et cela rend les récits très pertinents.

Et enfin, dans un tout autre registre, je citerai 37.2 le matin de Philippe Djian. Cette histoire d’amour poignante m’a marquée pour toujours. J’ai ressenti la douleur du héros dans la relation qu’il entretient avec Betty, une jeune femme fantasque et torturée. J’ai éprouvé son impuissance, rageante, face à la détresse psychologique de cette femme qu’il aime plus que tout. Ce livre est empreint d’une intensité dramatique, à un moment tellement palpable, que l’émotion a jailli des pages pour me sauter au visage.
9) Mon flair me dit qu’il y a un nouveau petit projet de roman en cours (rires)… Serait-ce trop tôt de vous demander de nous en dévoiler un peu plus ?

Oui, bien joué, Hind ! (rires…)
Mon troisième roman est sur sa fin. Je travaille sur la couverture avec le graphiste, actuellement.
C’est l’histoire d’une jeune femme, Augusta, pleine de silences, et rongée par la douleur d’avoir vécu un drame affreux. Elle va devoir déménager et revenir dans une région chargée d’émotions, près de l’océan atlantique. Elle fera d’étranges découvertes, rencontrera LA personne qui va changer sa vie et apprendra des vérités qu’elle n’attendait pas.
10) Merci Claire d’avoir répondu si gentiment à nos questions ! Auriez-vous un dernier mot à dire à vos lecteurs ?

Je les remercie de me lire, de me suivre et me soutenir. Leur confiance est si précieuse dans la vie d’un auteur.
Et merci à vous, Hind, pour votre intérêt et ces moments si sympathiques.

 

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